Jean-François Lapointe dans Hamlet à Avignon

Hamlet d’Ambroise Thomas à Avignon – Subtilité et équilibre

Cette reprise d’Hamlet à l’Opéra Grand Avignon – un spectacle vu en 2010-2011 à l’Opéra de Marseille et à l’Opéra national du Rhin, ses coproducteurs – conserve sa force d’impact en raison d’une distribution vocale très homogène, la dimension dramatique se conjuguant à la qualité musicale.
Décor unique de Vincent Lemaire : une salle de palais aux murs tendus de film plastique ; glacis figé que seul anime un grand miroir aux reflets pénétrants. Vincent Boussard installe une atmosphère de huis clos étouffant où les personnages, habilement mis en valeur sur le plan théâtral, évoluent dans les costumes de Katia Duflot. Quelques facilités auraient toutefois pu être évitées : le spectre descendant en rappel, ou encore la baignoire dans laquelle se noie Ophélie, ôtant à la mort la dimension poétique de la symbolique shakespearienne.
Dominant le plateau de sa prestance et de son port altier, Jean-François Lapointe, diction superlative, offre un chant d’une perfection à couper le souffle (Chanson à boire) et parvient à traduire superbement la psychologie d’Hamlet, ses états d’âme ondoyants. Impressionnante de naturel et d’aisance, son incarnation fera date dans ce rôle exposé.
A son côté, Patrizia Ciofi incarne une Ophélie sensible et émouvante qui prend progressivement ses marques (intense scène de la folie). Sa beauté de phrasé, sa science du timbre et sa capacité à bouleverser l’auditoire (au moment de son suicide) lui vaudront des applaudissements fournis du public. Géraldine Chauvet, mezzo à la voix profonde, campe une Gertrude ambiguë et inquiète qui doit affronter la colère de son fils Hamlet dans un tableau d’un érotisme suggestif. Le pervers et opportuniste roi Claudius, son amant, trouve en Nicolas Testé un acteur saisissant de vérité. Seule déception venue du Laërte de Sébastien Guèze, voix de tête trop tendue qui peine à se libérer. Patrick Bolleire en spectre abyssal, Bernard Imbert en Horatio et Julien Dran en Marcellus complètent avec bonheur le casting.
Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce impose un tempo idéal : sa direction serrée structure chaque moment et crée des climats savamment dosés. Fin connaisseur des chausse-trapes de cette partition complexe, il sait débusquer derrière l’académisme de façade toute la richesse d’une orchestration aux couleurs sombres, à la pulsation rythmique très personnelle. Poussé dans ses retranchements, l’Orchestre Régional Avignon-Provence, après un début un peu fluctuant (les cuivres), prend au fur et à mesure assurance et densité (remarquable intervention de la clarinette), à l’image d’une représentation qui, par son intérêt, rend justice à la musique d’Ambroise Thomas, si injustement décriée.

Michel Le Naour

http://www.concertclassic.com/article/hamlet-dambroise-thomas-avignon-subtilite-et-equilibre-compte-rendu

 

Pour voir d’autres critiques d’Hamlet : Revue de presse Jean-François Lapointe.


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