Critiques des Troyens à Strasbourg

Orchestre Philharmonique de Strasbourg, 2017

 

« Que vienne une Cassandre, que vienne une Didon… » : Si l’on en croit les réseaux sociaux, le voeu formulé par Hector Berlioz alors qu’il composait Les Troyens semble avoir été exaucé hier soir, samedi 15 avril, à Strasbourg. Du moins en ce qui concerne la princesse troyenne chantée par Marie-Nicole Lemieux, l’heure tardive de fin de représentation ayant rendu moins nombreux les avis sur l’interprétation de la reine carthaginoise par Joyce DiDonato. « Incandescente et poignante Cassandre de Marie-Nicole Lemieux », commentait sur Twitter la journaliste culture de La Croix, Emmanuelle Giuliani, à la fin de la première partie. Commentaire parmi de nombreux autres, tous unanimes pour souligner la performance réalisée par la mezzo-soprano canadienne dans cette version de concert du chef d’œuvre de Berlioz servie par une distribution exceptionnelle. »

« La distribution, on l’a dit, dépasse l’imagination. En énumérer les solistes revient à réciter une partie du bottin lyrique, jeunes espoirs et talents confirmés confondus. Si courtes soient leurs interventions, ou au contraire d’une inhumaine longueur, tous répondent aux exigences de leur partition, à commencer par une prononciation quasi irréprochable de la langue française. Les noms se bousculent et l’on n’en finirait pas de distribuer des prix d’excellence… qu’il s’agisse de Jean Teitgen, ombre d’Hector immense cantonnée à quelques phrases en coulisse (…) et de Philippe Sly, simplement Panthée quand il sera Don Giovanni cet été à Aix-en-Provence, tous savent rendre leur intervention mémorable. »

« En Cassandre enfin, Marie-Nicole Lemieux transforme l’essai marqué en 2010 avec son album d’airs français « Ne me refuse pas », dans lequel elle chantait l’air de… Didon. A un rôle qu’Anna-Caterina Antonacci au Châtelet en 2003 a gravé dans le marbre, celle qui s’est longtemps présentée comme contralto réussit à apposer une empreinte tout aussi indélébile même si différente, non pas de marbre comme sa consœur italienne mais de chair, une chair ardente nourrie de ses propres angoisses face à une partition dévorante, abreuvée des larmes qu’elle laisse échapper débordée par ses propres émotions. Cassandre maternelle par la rondeur de la voix, pyromane par la puissance et la longueur du trait, sacrée tragédienne par la clameur du public d’autant plus démonstratif au moment des saluts qu’il lui a fallu contenir son enthousiasme durant le concert en raison de la présence de micros. L’enregistrement prévu par Warner ne saurait être compromis par des applaudissements intempestifs. Vivement sa sortie ! »

Christophe Rizoud – Forumopera

 

« Avec le rôle de CassandreMarie-Nicole Lemieux touche à la limite de ces moyens vocaux […]. Mais loin de lui nuire, cela apporte à son interprétation un supplément d’engagement, de désespoir, une sorte de folie suicidaire qui convient bien au personnage. Magnifique de legato dans sa cavatine « Reviens à toi, vierge adorée », le Chorèbe racé de Stéphane Degout se met à la même altitude en termes de puissance et d’intensité et leur duo explosif comble les attentes. »

« Sans oublier l’excellent Jean Teitgen en Ombre d’Hector, dont les interventions depuis la coulisse sont tonnantes à souhait et aux graves profonds assurés. »

« Philippe Sly est un Panthée de luxe, au timbre riche et profond. »

Michel Thomé – Resmusica

 

« The deluxe cast delivered in spades. As CassandreMarie-Nicole Lemieux was in voluptuous voice, hardening her mezzo tone where necessary. Although there was no stage action, Lemieux really committed, stabbing herself with an imaginary sword to avoid the marauding Greeks at the end of Part I. If there had been any scenery, Lemieux would have chewed it to bits. […] »

« Philippe Sly was a vibrant Panthée. »

Mark Pullinger – Bachtrack

 

« Autre prise de rôle, la Cassandre de Marie-Nicole Lemieux. Le personnage a trouvé sa chanteuse et la chanteuse son personnage. Possédée par la musique de Berlioz et par les angoisses de la prophétesse troyenne, l’artiste donne tout, infiniment généreuse. Plus l’action précipite les Troyens vers l’abîme et plus l’expression gagne en douleur éperdue, en noblesse blessée, en vaine sagesse. Graves de bronze, médium charnu et aigus au vibrato ample mais maîtrisé… le « matériau » est magnifique et l’intensité de l’actrice bouleversante. »

Emmanuelle Giulani – La Croix

 

« À Marie-Nicole Lemieux appartient la première partie du drame et la cité de Troie. Avant même d’entrer sur scène, son visage est fermé, blessé, meurtri, déchiré des souffrances de Cassandre qu’elle incarne. Elle tremble d’effroi en conservant toujours un absolu lyrisme. Avec son articulation remarquable, elle inonde la salle d’une voix aussi puissante qu’expressive, en des graves charpentés déchirés par ses aigus expressifs. La contralto émeut visiblement le public et ses collègues sur scène. Cette voix est sublimée par des expressions et gestes d’actrice. Ces Troyens sont une version « de concert », le qualificatif est factuellement correct, mais l’incarnation vocale et scénique de tous les chanteurs-acteurs est digne d’une éloquente mise en scène.
Lemieux est Cassandre, électrisée, écarquillée de visions apocalyptiques. Écartant des bras tendus, possédée, elle projette l’aigu final du premier acte. Le public est crucifié. Il reste quatre heures de spectacle. Marie-Nicole Lemieux se rassied et vide sa bouteille d’eau d’un trait. Elle offrira une performance tout aussi sublime à la fin de l’acte II, se poignardant et finissant en larmes sous l’ovation debout durant deux immenses rappels. »

« Jean Teitgen, placé au loin dans l’embrasure d’une porte de coulisses ouverte, déploie toute la majesté de son timbre cuivré en ombre d’Hector avant Mercure, messager des Dieux. Sa voix et ses interventions ponctuelles sont uniques en leur genre. »

« Dans un autre registre, Philippe Sly interprète Panthée, un prêtre troyen : c’est une voix de lieutenant soutenant la beauté des voix avec lesquelles il dialogue et qui chante les yeux fermés, littéralement et d’aisance vocale. »

Charles Arden – Olyrix

 

« On n’a pas lésiné, avec un plateau de haut vol composé de stars pour les rôles principaux et de la fine fleur du chant français pour les autres, des quelques mesures de Mercure ou de l’Ombre d’Hector par Jean Teitgen à celles de Panthée par Philippe Sly. »

« Qu’allait donner le contralto de Marie-Nicole Lemieux en Cassandre (…) ? Le meilleur d’elle-même : registres soudés, vibrato maîtrisé, aigus solides, ligne tenue. Même au plus fort de ses visions douloureuses, la fille de Priam n’a pas entaché son phrasé de vérisme douteux. »

Didier van Moere –  Avant-Scène Opéra 

 

« C’est ensuite au tour de Cassandre, ici Marie-Nicole Lemieux, de se faire entendre. Avant même que le chant ne débute, le visage de la cantatrice est fermé, comme rongé de l’intérieur, tel son personnage. Ainsi, sans avoir encore ouvert la bouche, elle est déjà Cassandre et le restera de bout en bout, offrant voix, chair et âme à la sœur d’Hector. Ses lèvres trembleront, et l’on oublie vite qu’il ne s’agit là que d’un concert tant l’incarnation est intense, allant jusqu’à se frapper lorsque viendra l’heure de se donner la mort. La voix est quant à elle celle qu’on lui connait et qui fait la réputation de la contralto / mezzo-soprano, atteignant naturellement les aigues tout en offrant ces graves exceptionnelles dont elle sait ne pas abuser malgré leur beauté et leur profondeur veloutée. Les larmes couleront après la première partie, au moment des saluts, nous laissant voir une Marie-Nicole Lemieux vidée, semblant avoir plongé jusqu’au plus profond d’elle-même pour y chercher tout ce qu’elle pouvait donner. Le public, frustré de ne pas avoir pu applaudir la cantatrice plus souvent (enregistrement oblige) se déchaîne ici, se levant, lui faisant un véritable triomphe amplement mérité. Une immense Cassandre est née. »

« Jean Teitgen est pour sa part un fantôme d’Hector dont la voix cuivrée et profonde sort des abysses depuis l’embrasure d’une coulisse avant de faire de même pour le rôle de Mercure. On regrette seulement que Berlioz ne lui ait pas accordé davantage de phrases ! »

Elodie Martinez – Opera Online

 

« Dans le rôle de Cassandre, le contralto québécois Marie-Nicole Lemieux offre un portrait saisissant de son personnage, qu’elle aborde avec une énergie qui emporte tout sur son passage, notamment dans ses imprécations à la fin du II « Thessaliennnes ! ».  »

« On se régale par ailleurs de la justesse avec laquelle les rôles de moindre importance ont été distribués : (…) la solennité du Spectre d’Hector, campée depuis les coulisses par Jean Teitgen (également imposant Mercure)  »

Emmanuel Andrieu – Classiquenews

 

« Quand on prend Les Troyens dans l’ordre, et qu’on entend La Prise de Troie au début, comme il convient, quel effet autrement profond fait Marie Nicole Lemieux ! La concentration du timbre ne nous trompera pas. Elle pourrait se contenter de vocaliser son rôle. Mais elle le chante. Le moindre mot vit de son propre sentiment poétique, comme Berlioz en rêvait. Qu’à cela elle ajoute ce que Rimbaud appelle un « monceau d’entrailles », et que plus réalistement on pourrait appeler de telles tripes, dans un engagement, une défonce héroïque de soi-même, et le choix se fait aussitôt. La protagoniste femme des Troyens, c’est elle.  »

« Philippe Sly pour Panthée (autre luxe) »

André Tubeuf – L’Oeil et l’oreille

 

 


Artistes :