Recital review

Marie-Nicole Lemieux recently gave a recital of Lied and French melodies, alongside the pianist Daniel Blumenthal, acclaimed by the critics.

 

« Marie-Nicole Lemieux possède un pouvoir qu’ont peu d’interprètes: celui de toucher une corde sensible que chacun de nous garde soigneusement enfouie derrière les aspects plus mondains de la vie, et de tirer une larme au moment où l’on s’y attend le moins. […] Son récital pour lancer la saison d’Arte Musica, à la salle Bourgie, relevait du grand art.

En première partie, l’allemand : Schumann, Schubert (merveilleuse Marguerite au rouet qui donne la chair de poule), Beethoven et Hugo Wolf. Les pièces choisies évoquent pour la plupart des personnages, elles racontent des histoires. La chanteuse se glisse dans ces peaux et vit ces histoires en conjuguant un talent d’actrice à son talent vocal, passant d’une atmosphère à l’autre en une fraction de seconde. Il est fascinant de voir ses mimiques évoluer au gré des mots, un froncement de sourcil, un regard, un sourire, une moue, la gamme des émotions qu’exprime ce visage semble contenir le monde. Tout son langage non verbal ajoute une grande valeur à la musique.

La voix. Charnue, fruitée, souple, divine et particulièrement délicieuse dans les notes longues qui respirent la vie, animées d’une présence et d’une intention musicale qui ne fléchit pas.

C’est souvent dans ces longues notes que parfois, en une fraction de seconde, tout bascule. Tandis que se déploie un vibrato subtil, à la fois libre et dosé, soudain, un instant furtif et indéfinissable nous chavire. L’émotion passe d’elle à nous, nous transperce par une sorte de magie. C’est un art de communiquer et de toucher l’auditeur allant bien au-delà des prouesses vocales, un art raffiné qui trouve un terreau fertile dans l’intimité du lied et de la mélodie. À son grand sens musical qui vient à la fois du travail, de l’expérience et de l’instinct, s’ajoutent une intelligence du texte qu’elle sait transmettre et un bon goût certain qui règne sur tout ce qu’elle fait.

Marie-Nicole Lemieux, une grande chanteuse? Oui, mais avant tout, une grande interprète.

La deuxième partie du récital fait place au français. On aime particulièrement le cycle Saluste du Bartas, d’Arthur Honegger, tellement original et épique, sur les poèmes de Pierre Bédard de Monlaur, un cycle difficile qu’elle maîtrise à la perfection. Cette partie nous donne également l’occasion d’entendre les rares Sept Chansons de Clément Marot, de Georges Enesco. Loin de faire dans la facilité, Marie-Nicole Lemieux démontre qu’elle aime les programmes avec de la substance et nous fait découvrir d’autres facettes de sa personnalité. Au-delà de cette femme joyeuse parfois dépeinte de façon caricaturale, on retrouve aussi Marie-Nicole, l’intellectuelle, l’artiste qui aime repousser ses limites et prouve qu’elle a du contenu.

Le public lui fera évidemment un triomphe et elle nous donnera généreusement deux rappels: À Chloris, de Reynaldo Hahn, et l’émouvant Connais-tu le pays où fleurit l’oranger? extrait de Mignon. » Caroline Rodgers – Ludwig van Montréal

« La chanteuse a tout juste […] : les ambitus dynamiques sont somptueux sans détimbrage des nuances pianissimo et les textes très travaillés, avec une prononciation juste et nette.

La seconde partie, française, apporte des enseignements intéressants en termes de répertoire, avec des mélodies sur des textes de Clément Marot de George Enesco et un cycle de Honegger. Les mélodies sont brèves : ce sont des saynètes que Marie-Nicole Lemieux croque avec précision et délice. Gounod ouvre la voie à un lyrisme que Marie-Nicole Lemieux cultivera dans ses rappels. À Chloris s’imposait. Il fut somptueux et le choix d’Ambroise Thomas, sur une adaptation (pas une traduction) française du texte de Goethe montrait qu’en plus de la maîtrise vocale, au niveau de la tenue intellectuelle, Marie-Nicole Lemieux n’avait rien laissé au hasard. » Christophe Huss – Le Devoir

© Manuel Cohen


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